« quand l’invisible laisse des traces », de Benjamin Allegrini, suivi d’une nouvelle de Science-Fiction d’Alain Damasio, Éditions Les Liens qui Libèrent, avril 2025. Pages : 286. Prix : 22 euros.

La traque de l’ADN environnemental est une technique nouvelle qui s’applique à l’étude de la biodiversité actuelle comme à celle d’un lointain passé (lorsque les traces ont pu se conserver dans la durée). L’ouvrage montre comment sol, eau (mer, rivière, lac), canopée, contiennent les traces invisibles d’une biodiversité connue et à connaître ! Faune et flore (animaux, végétaux, micro-organismes) laissent des empreintes permettant d’identifier sans faute chaque espèce par son génome, « un bouleversement épistémologiste » et non une simple progression affirme l’auteur.

Il nous décrit les anciennes pratiques des naturalistes, le guet, le prélèvement, parfois l’obligation de tuer, en tout cas en perturbant le milieu vivant. Avec l’ADNe tout se fait sans nuire aux sujets que l’on étudie. Il nous montre aussi les techniques intermédiaires qui ont apporté de nombreux progrès, enregistrements sonores et pièges photographiques, ainsi que l’arrivée des smartphones (GPS, image, son), drones, robots, émetteurs GPS sur les animaux, détecteurs-enregistreurs automatisés. Depuis toujours, l’apport des amateurs (60 % des nouvelles espèces décrites sont dues à ces derniers) est capital.

Il passe en revue rapidement un peu d’histoire, les premiers voyages d’explorations naturalistes, la création de Muséums d’histoire naturelle, les cabinets de curiosité, etc...

La dernière partie est plus critique. Elle s’interroge sur les risques de l’hyper-sophistication des nouvelles techniques qui crée une distance avec la nature. Avec les technologies actuelles « il n’y a ni les odeurs de la forêt, ni les bruits, ni la sensation de la brise ou du froid qui accompagnent un affût nocturne. » dit-il. Elles changent notre rapport au vivant, la nature devient « lue » plutôt que « rencontrée ». Il précise : « La diminution des activités de terrain ne se traduit pas seulement par un recul des observations directes du vivant : elle compromet également la transmission des savoirs naturalistes, l’acquisition des compétences d’identification et l’éveil des vocations scientifiques. »

La 6ème extinction des espèces vivantes est en court (l’auteur nous cite, entre autre, l’exemple des pare-brises des voitures qu’il n’est plus nécessaire de nettoyer des insectes s’y étant écrasés), et il est donc important de rechercher et dénombrer toutes les espèces encore inconnues qui risquent de disparaître à jamais (et elles sont nombreuses).

La quantité de données recueillie avec les techniques actuelles est phénoménale. Le « Big-data » ainsi créé permet de prédire les risques d’extinction par exemple, et d’anticiper... c’est à dire d’intervenir. Mais la nature n’est pas « simple », elle est faite « d’interactions complexes », « d’équilibres dynamiques », « de conflits et de collaborations permanentes ». Chaque intervention est donc pleine d’imprévus… Vouloir contrôler se fait donc à l’aveugle avec les risques qui vont avec.

Une nouvelle de Science-Fiction sépare le texte en deux. Écrite par Alain Damasio sur le thème de la mutation, elle permet une pause sympathique dans la lecture de l’ouvrage.

Fidèle à ses objectifs de vie, Benjamin Allegrini a cofondé en 2021 avec Alain Damasio et Sophie Zed « L’école des vivants » incarnée par Art, action politique, et naturalisme destiné à nous rattacher aux autres formes de vie.

Sa conclusion est qu’il est nécessaire de retrouver un lien avec la nature : « réapprendre à la sentir, la comprendre, la toucher, et toujours s’émerveiller » !