« Les sociabilités créatives de l’École-laboratoire des Houches », de Chipten Valibhay et Armand Hatchuel, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, juillet 2025. Pages : 375. Prix : 25 euros.
Cette étude approfondie de l’École de physique des Houches montre pourquoi elle a acquis une renommée internationale qu’elle a gardé depuis tant d’années. Créée en 1951 par une physicienne franco-américaine, Cécile DeWitt-Morette, elle devait redynamiser la recherche en ce domaine dans une France qui se relevait de la seconde guerre mondiale. Son action s’est étendue au monde entier.
Plusieurs points font son originalité. Sa durée de deux mois à l’origine (jusqu’à 1971, un mois depuis) devait permettre un travail en profondeur. Il ne s’agissait pas de faire un simple point sur les recherches actuelles (comme dans les séminaires traditionnels par exemple, les écoles d’été, et même les universités qui ne peuvent réunir autant de sommités à la fois en leur sein), mais également de se pencher sur les inconnus à résoudre, potentiellement porteurs d’avancées, donc un travail « aux frontières » avec des voies de recherche nouvelles et non seulement un état des connaissances à un moment donné. « Venir étudier aux Houches, c’est donc être confronté à une physique qui n’est pas encore une connaissance commune » indiquent Chipten Valibhay et Armand Hatchuel. Les professeurs étaient (et sont toujours) les meilleurs chercheurs mondiaux dans leur domaine (certains ont reçu un Prix Nobel), les étudiants étaient sélectionnés (et le sont toujours) parmi les doctorants et jeunes chercheurs les plus prometteurs. Aux cours approfondis s’ajoutent des ateliers, des lieux de rencontres avec pour objectif de créer des collaborations durables entre professeurs et étudiants ainsi qu’entre étudiants dans la durée. La créativité libre, ou collective, les idées innovantes, sont des éléments de la réussite de ce que les auteurs appellent une « École-laboratoire ». Les cours, très pointus, sont édités ensuite, chacun pouvant faire couramment 100 à 150 pages.
Le cadre montagnard et l’hébergement participent d’une volonté de convivialité indispensable au travail en commun. En moyenne, les auteurs notent qu’il y a 45 participants pour 15 professeurs par session.
Les thèmes d’étude sont choisis par un conseil scientifique, et les auteurs précisent :
« Tout l’art du conseil scientifique des Houches réside dans la conduite d’une « veille scientifique » permanente lui permettant de détecter des courants de recherche – c’est à dire des champs de recherche et leurs auteurs – qui sont au bon stade de développement pour une session des Houches. »
Les étudiants sont donc confrontés à des choses en devenir et non encore enseignées ailleurs. Certains d’entre-eux deviendront à leur tour prix Nobel, montrant l’intérêt de la démarche très particulière adoptée aux Houches.
Cet ouvrage analyse de manière très détaillée la démarche de cette « École-laboratoire » (ainsi que la nomment les auteurs), et démontre comment « la physique s’y invente » et pourquoi les chercheurs réputés continuent, après tant d’années à y enseigner. Lecture indispensable pour les étudiants en sciences, mais aussi pour les enseignants.
