de Patrice Bouchet de Puyraimond, Éditions Les 3 III Colonnes, 2ème trimestre 2025. Pages : 240. Prix : 25 euros.
Il ne s’agit pas ici d’un livre « de science », mais des souvenirs de jeunesse d’un astronome en devenir, qui effectue son service militaire (et oui, ça a existé en France…) comme « Volontaire du Service National Actif » (VSNA) à l’observatoire de l’ESO (Observatoire Austral Européen) à La Silla, au Chili.
L’ESO a été fondé en 1962 par 5 pays européens (16 états membres aujourd’hui plus des pays partenaires hors Europe). Entre l’Afrique (la Namibie) et l’Amérique latine (le Chili), le choix du site s’est porté finalement sur le Chili, à La Silla en 1963 (le terrain a été acheté en 1964). Les premiers télescopes sont opérationnels en 1969 (mais aujourd’hui nous dirions qu’ils étaient de « petite taille »…).
A l’époque où Patrice Bouchet y commence son service en 1976, le premier grand télescope de 3,60 (3,57….) mètres venait d’être inauguré (il fonctionne encore aujourd’hui car il est toujours mis à jour au niveau instrumental).
En bordure du désert d’Atacama et en altitude, loin du monde ordinaire, la vie est bien différente ! L’auteur sera d’ailleurs adopté par un Renard de Magellan qui l’accompagnera dans ses balades en montagne durant une dizaine d’années. En effet, et c’est une autre histoire, Patrice Boucher travaillera à l’ESO durant plusieurs dizaines d’années.
Cet ouvrage est l’occasion de comparer la vie dans les observatoires d’aujourd’hui (pour ceux qui connaissent) avec ceux du début des techniques modernes, (arrivée des ordinateurs par exemple, des capteurs infrarouges, etc.), et il est amusant de constater qu’au milieu des années 1970, il existait encore des nacelles pour travailler au foyer primaire de certains grands télescopes. Patrice Bouchet écrit ainsi « Notre nacelle était munie d’une échelle de corde qui nous aurait permis en cas d’urgence (note : besoin d’aller au « petit coin ») de descendre sur la terre ferme sans devoir interrompre une exposition. ». Construit dans une zone où les tremblements de terre ne sont pas rares, les ingénieurs ont dû concevoir des bâtiments antisismiques efficaces pour les télescopes de La Silla.
Ces souvenirs de jeunesse nous entraînent aussi dans la société chilienne de l’époque et dans les rapports diplomatiques entre nos démocraties et la dictature de Pinochet.
Une petite coquille figure page 36 (mais je n’ai peut-être pas eu la version définitive corrigée du livre), le VLT n’a pas été érigé en 2024… Antu, le premier des 8,20 mètres a vu sa première lumière en 1998. Mais peut-être voulait-il parler de l’Extremely large Telescope (ELT), dont l’inauguration était prévue en effet pour 2024, mais à été repoussée à, probablement, 2027.
Cet ouvrage se lit comme un roman. Mais il apporte bien plus, surtout aux passionnés d’astronomie. Une pointe de nostalgie semble bien émerger, mais c’est surtout un témoignage passionnant des conditions de travail dans un observatoire « de pointe » (le 3,60 mètres était le top du modernisme) dans les années 1970.
