sous la direction de Françoise Combes, avec la collaboration de Patrick Boucheron, François Héran, Vinciane Pirenne-Delforge, et 23 auteur(e)s, Collège de France et Éditions Odile Jacob, décembre 2025. Pages : 379. Prix : 29,90 euros.

 

Autrefois, et sauf rares exceptions (et avec des éclaircies à certaines époques), les femmes scientifiques ont été masquées, oubliées, spoliées de leurs travaux. Leur nombre était forcément réduit puisque longtemps elles ont été exclues à la fois des études et, à plus forte raison, des institutions (académie des sciences par exemple, …). Aujourd’hui les choses se sont améliorées, mais elles restent sous représentées dans les domaines les plus « durs » ou techniques de la science. Cet ouvrage explore en profondeur les raisons multiples de cet état de fait, dans l’histoire bien entendu, mais aujourd’hui encore par des « choix » implicites, les discriminations à l’embauche, pour les carrières académiques, dans les rapports de pouvoir, etc.

Dans l’histoire, il n’est pas rare que les femmes aient joué un rôle important de collaboration auprès de leur mari scientifique, mais seul l’homme signait les travaux (note personnelle : avec des écarts, voir deux attitudes opposées : les Einstein et les Curie…).

Aujourd’hui encore les femmes et les hommes ont tendance à s’orienter vers des domaines différents. Pourtant, dans l’exemple donné dans ce livre, qui concerne les « mathématiques » en CP et CE1 en France, il n’y a pas de différence notable entre filles et garçons concernant les résultats. Mais plus tard, les stéréotypes de genre font leur effet, et même les enseignant(e)s ont, parfois, tendance à sous-estimer les aptitudes des filles dans ce domaine, entraînant un replis de celles-ci. L’influence du milieu est important. En provenance d’un milieu défavorisé (des parents qui ne peuvent pas aider leurs enfants) un retard peut se noter au départ, mais rattrapé très vite si l’effectif de la classe est réduit.

Les pénalités de genre, à l’embauche, sont encore réelles. Vingt cinq critères sont pourtant prohibés (dont l’état de grossesse, l’identité de genre, la situation familiale,…). Mais si certaines différences interindividuelles sont bien visibles (diplôme, expérience, qualification,…) d’autres sont bien moins évidentes (la motivation, la confiance en soi,…), et si un(e) candidat(e) connaît bien son propre parcours, iel ignore celui des autres candidat(e)s, d’où la difficulté à reconnaître ou non une discrimination. Seuls des tests à partir de candidat(e)s fictifs(ves) permettent de constater que origine, maternité, … ont une importance non négligeable lors des recrutements.

Inégalités salariales, parcours hachés, temps partiels, etc. ne sont pas oubliés.

Par contre, même chez les plus attentifs(ves) aux biais possibles, il peut arriver de petits ratés… je n’ai pas bien compris la logique de l’auteure qui rappelle et critique les papas montés sur une grue pour avoir la garde de leurs enfants… si l’on accepte qu’il faut la parité dans les professions dans lesquelles les femmes sont en minorité (ce qui serait du « féminisme »), il n’est pas idiot de demander la parité également (c’est ce que réclamaient les papas en question concernant la justice) lorsque ce sont les hommes qui sont en minorité (mais là ce serait du « sexisme » !). D’autre part la justification du fait que si les enfants sont confiés à la mère c’est parce que la majorité des pères ne la demandent pas… bah, justement ils l’ont demandée et on ne leur a pas donnée. S’il y avait des justifications logiques au refus (cela arrive), il fallait l’indiquer afin que chacun puisse se faire une opinion « objective » sur cet état de fait. Aujourd’hui encore, il n’y a que 12 % de gardes alternées ! Voir question/réponse au Sénat en 2022/2023 :

https://www.senat.fr/questions/base/2022/qSEQ221103671.html

 

Ce petit point mis à part, cet ouvrage collectif, sérieux, complet, montre bien l’état des lieux de la condition des femmes en science encore aujourd’hui. Et ce n’est pas en quelques lignes que l’on peut vraiment expliquer dans sa diversité le contenu des études présentées. A lire, à prêter, à diffuser largement !

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