« Une histoire ancienne de l’Amazonie centrale », de Eduardo Góes Neves, traduit du portugais brésilien par David Yann Chaigne, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, collection « Amérique(s) », mars 2026. Pages : 175. Prix : 26 euros.
A partir de recherches archéologiques et ethnologiques précises actuelles et anciennes, l’auteur nous montre combien l’image que nous nous faisions de l’Amazonie est fausse. Une forêt vierge et des sociétés primitives simplistes ? Oh, que non !
Dans beaucoup de pays, l’archéologie accède à de nombreuses traces variées permettant de reconstituer (ou d’imaginer...) la vie de nos ancêtres. En Amazonie, la forêt laisse peu d’indices à cause de la couverture végétale, d’où la difficulté à se représenter les cultures locales datant d’avant l’arrivée des européens.
L’Amérique du Sud est restée isolée du reste du monde longtemps et c’est donc le dernier continent a avoir été atteint par les Homo sapiens il y a seulement 14 000 ans, peut-être 20 ou 22 000 ans au plus.
L’auteur s’interroge : « Pourquoi, après des dizaines de milliers d’années à vivre comme des chasseurs-cueilleurs, les sociétés humaines ont-elles abandonné leur liberté en faveur de l’agriculture et de l’état ? » Les peuples de l’Amazonie centrale, eux, ont échappé échappé à ce destin nous dit-il… Pourtant, des sociétés aux cultures multiples y ont évolué dans des environnement variés. Peuples uniquement de chasseurs cueilleurs ? Les études archéologiques nous montrent que non, et d’ailleurs les premiers explorateurs espagnols et les portugais au 16 et 17e siècles décrivent de grandes zones d’habitations le long du fleuve Amazone et de ses affluents. Au 18e siècle, les premiers scientifiques européens ne trouvent plus de traces de grandes occupations…. Nos maladies, inconnues des autochtones, les ont décimés. Puis, au 19e siècle leur mise en esclavage par les exploitants du caoutchouc a incité à leur dispersion dans la forêt.
Le peu d’affleurements rocheux entraîne une faible utilisation d’outils lithiques, mais quelques pointes bifaciales trouvées ici et là, montrent la présence de commerce entre groupes éloignés. Quelques gravures, mais surtout une production de céramiques, et de nombreuses traces de tertres de terres noires montrant l’occupation durable de zones précises, des tas de coquillages, des urnes, des fossés, des chemins, prouvent que le nomadisme n’était pas généralisé, et qu’il y avait bien des habitats fixes sur de longues périodes.
Des traces de palissades, plus nombreuses à partir du dernier millénaire avant l’ère commune (anciennement « avant Jésus-Chris ») montrent que des conflits devaient aussi exister ! Rien de nouveau dans notre triste monde…
Eduardo Góes Neves nous permet un nouveau regard sur l’Amazonie, sur ses premiers occupants, leurs cultures, leurs langues, leurs technologies d’avant la colonisation par les européens. Passionnant, mais il faut noter qu’il ne s’agit pas de vulgarisation mais d’un travail de recherche. Destiné donc à des passionnés, des étudiants ou d’autres chercheurs.
