par Alexis Vrignon, Éditions Le Passager Clandestin, collection Précurseur.ses de la décroissance, juillet 2026. Pages : 126. Prix : 12 euros.

 

Avec une ligne éditoriale plurielle (des cultures militantes différentes), le journal libertaire « La Gueule Ouverte » a été un des premiers journaux à aborder l’écologie politique. Il prônait la non-violence et, comme à l’époque beaucoup de jeunes adultes des années 1970, les auteur(e)s des articles avaient pour beaucoup un désir de vie en communauté et à la campagne. Ces mêmes années, issues de mai 1968, ont lancé le concept de « décroissance » devenu « moderne » en France au début des années 2000. L’idée de crise écologique globale et d’une rupture indispensable avec l’idéologie de la croissance commencent à suivre leur chemin.

L’auteur analyse la vie de ce journal original à l’époque, les conflits internes dans un collectif (constitué de « jeunes » et de « plus vieux » avec ses tensions générationnelles) qui se renouvelle régulièrement, les problèmes financiers (pas de publicité), les idées qui évoluent, les questions existentielles, etc.

Le projet a été mené au départ par Pierre Fournier, ayant travaillé à Hara-Kiri puis Charlie-Hebdo, et l’on y retrouve Charbonneau, Lambert, Isabelle Cabut, Jean Cabut, Reiser, Simmonet, Henri Montant (« Arthur »), …

Une série de textes choisis tirée du journal offre un complément passionnant pour se retrouver confronté à une réalité directe non interprétée.

Cela permet aussi de constater que les problèmes de l’époque, répression par exemple, qui sont allés vers le mieux dans les années 1980-1990, ont fait un grand retour en arrière hélas (par exemple les événements de Malville en 1977 peuvent être mis en parallèle avec ceux de Sainte Soline en 2023, ou encore le fait que les écologistes d’aujourd’hui soient qualifiés d’ « écoterroristes » ! Des années avant déjà, ce type de classification avait lieu aux Etats-Unis... nous les copions régulièrement).

Le texte de Lambert de 1977 présenté ici, montre aussi les limites de fonctionnement de tout groupe quel qu’il soit et quoi qu’il défende : « On traite à nouveau de personnes abstraites, de citoyens tous théoriquement égaux en droit, sans se douter qu’on les soumet une fois de plus au droit du plus fort : celui d’une grande gueule ou d’une grosse tête comme il en apparaît dans n’importe quel groupe, autogéré ou non, ou celui de la majorité sur la minorité. »

Cette petite étude nous montre combien il faut se méfier des progrès qui sont sans arrêt remis en question dans nos sociétés. Ce qui est acquis aujourd’hui ne le sera certainement plus demain. Faut-il donc être défaitiste ? Ce qu’il est nécessaire de constater peut être, c’est que les « utopies » aboutissent rarement ou ne durent jamais… Ce n’est pas une raison pour abandonner tout espoir, et une partie de la jeunesse nous le montre à chaque génération.